Demain n'est pas. Seul compte aujourd'hui.

05/01/2023

Demain.

Depuis toute petite on lui avait répété ce mot, demain.

Au début elle avait pas compris qui était demain.Puis au fur et à mesure qu'elle avait appris à le recevoir dans ses oreilles, demain, elle avait compris qu'il ne s'agissait pas d'une personne.

Demain, semblait être pour les adultes, la promesse d'un meilleur, une parenthèse suspendue dans l'espace temps. Un champ rempli de fleurs des possibles. Avec le temps, dans toute cette frénésie associée à demain, elle avait appris à l'aimer, ce demain. Elle avait appris à l'aimer aussi et surtout parce que dans cet aujourd'hui, comme dans celui d'hier, elle arrivait pas à se mettre en lien avec les autres. Parce qu'aujourd'hui, comme le aujourd'hui d'avant le dodo, les adultes ne semblaient faire que ça, essayer de capturer le demain. Ils avaient beau s'y adonner avec beaucoup de force, jamais le demain n'était férrable. Aussi pour faire lien avec ses parents, les amis de ses parents, la maitresse, le boulanger qu'elle aimait beaucoup, puis le rythme que semblait avoir adopté le monde, elle aussi elle s'était mise en quête d'attraper demain. Elle remarqua que dans cette quête, son sourire s'effaça doucement, sa joie de vivre la quittait elle aussi pour un ailleurs qui n'était pas sien. Son sommeil s'en fut impacté également. Elle ressemblait de plus en plus aux grands.Tellement impatients qu'ils semblaient être d'être demain...

"demain on f'ra des crêpes"

"demain j'dirais je t'aime à mon pépé"

"demain j'irais à la piscine avec papa"

"demain j'aurais le droit de dormir chez ma cousine"

"demain je prendrais du temps pour moi"

En grandissant, bien qu'animés par la même essence, ses demains prenaient d'autres formes.

"demain j'irais me faire masser"

"demain je ferais rien""demain j'irais voir ma mère"

"demain je rangerais mon garage""demain je lirais"

"demain, demain, demain, demaiiiiiiin"

Demain ne se présenta jamais. Son corps, fatigué de cette course sans arrivée, céda. Dans l'espace infini qu'offre les yeux clos, elle s'abandonna. Deux mains lulumineuses. Deux mains immenses. Deux mains sécurisantes. Deux mains douces. Elles flottaient au dessus d'elle. Ces deux mains la saisirent, l'enveloppèrent et lui offrit un Cocoon dans lequel toutes les tensions accumulées depuis le début de cette quête se dissipèrent. Une onde curatrice émanant de ces deux mains la traversa plusieurs fois. De haut en bas.De bas en haut. Elle entendit des mots qu'elle garda en elle aussi longtemps qu'elle respira.

"Demain n'existe pas. Cette quête à laquelle toi et tant d'autres s'adonne n'est possible que parce que la présence est absente à ce qui est ici et maintenant. Sers toi de tes deux mains pour te border, pour te ramener à ta chair, à ton corps dans le seul moment qui existe, le présent. Reviens à ton souffle. Support de la vie. Ressens. Restes là. Laisses demain où il est. Fais toi le cadeau d'être présente au présent. Goûtes à l'immuable présence qu'est la Vie. Reviens à toi. Abandonnes tout ce qui n'est tien. Respires. Aujourd'hui. Ici et maintenant."